Le braconnage barbare pour le commerce en Chine du ‘Vin de Tigre’…

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Le braconnage et la dégradation de leur habitat ne sont pas les seules menaces qui planent sur les tigres. En Chine, des tigres seraient élevés en captivité et affamés dans le seul but de récolter leurs os et de fabriquer du « vin de tigre ». Un breuvage réputé dans la médecine chinoise pour soigner l’arthrite et les rhumatismes.

CERTAINES PHOTOS PEUVENT CHOQUER, MAIS ELLES SONT EN FIN D’ARTICLE, APRÈS LE MESSAGE DE PRÉVENTION.

Animal emblématique de l’Asie, le tigre fait partie des espèces menacées qui retiennent le plus d’attention. En 1900, on estimait que la population de Panthera tigris atteignait les 100.000 individus répartis dans presque tout l’Asie. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à moins de 3.500 spécimens aptes à la reproduction, selon l’Union pour la conservation internationale de la nature (UICN). C’est peu alors que le nombre de tigres élevés en captivité en Chine et aux Etats-Unis notamment, avoisine les 5.000.

La chasse au tigre menée durant les XIXe et XXe siècles, a été la principale responsable de la disparition de l’animal. Elle était alors motivée par une course aux trophées mais aussi par le succès rencontré par les peaux et fourrures de tigre. Face à l’alerte déclenchée par plusieurs pays, cette chasse a été interdite en 1970 dans tous les pays. Toutefois, ceci n’a pas suffi à protéger l’animal des menaces qui pèsent sur lui. Aujourd’hui, le déclin de l’espèce se poursuit faute au braconnage et à la dégradation de son habitat.

Le trafic du vin de tigre

La CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) a banni le commerce des produits issus du tigre. Pourtant, en Chine, il n’est pas difficile de se procurer de la peau ou des griffes provenant du félin. Plus terrible encore, est le commerce du « vin de tigre ». Comme le rhinocéros et sa corne, le tigre est malheureusement victime de la médecin traditionnelle chinoise qui attribue à ses os plusieurs vertus notamment contre les rhumatismes et l’arthrite.

C’est pour obtenir ces vertus que des fabricants ont mis au point le « vin de tigre » : il s’agit d’un breuvage fabriqué à partir d’alcool de riz dans lequel a trempé pendant plusieurs mois des carcasses de tigres morts. La Chine a normalement interdit l’utilisation d’os de tigre en 1993 afin de protéger l’espèce mais le « vin de tigre » est toujours bel et bien commercialisé dans le pays, a révélé en février dernier, l’organisation britannique EIA (Environmental Investigation Agency). Un marché qui ne serait pas inconnu du gouvernement, bien au contraire.

Selon l’enquête menée par l’EIA, le vin serait désormais fabriqué à partir de carcasses de tigres élevés en captivité qui ne sont pas détruites après leur mort. L’agence accuse même la Chine d’avoir notifié (de façon « secrète ») en 2005 que toute ferme élevant plus de 500 tigres est en droit de commercialiser du vin de tigre. La loi établie en 1993 serait alors tout simplement contournée, par le fait de ne pas mentionner les os de tigre dans la liste des ingrédients. Sans surprise, ceci a largement stimulé le développement de fermes d’élevage de tigres.

Des fermes d’élevage aux conditions atroces

Il en existerait aujourd’hui plus de 200 dans le pays. Là-bas, les animaux sont gardés dans des cages trop étroites pour eux et des conditions parfois atroces. Ceci en vue d’objectifs divers y compris le spectacle. Les Chinois peuvent ainsi visiter les fermes et assister à des numéros quand certaines proposent aux visiteurs d’acheter des proies vivantes pour voir les tigres les attaquer. Les tigres sont battus, sous-alimentés et ne sont aucunement soignés. Certains développent des tumeurs, d’autres des infections dues à des blessures.

Une fois les tigres morts, leurs carcasses sont récupérées, revendues ou entreposées dans des congélateurs, le tout en profitant du contexte légal « défaillant ». Dans ces fermes, il est ainsi possible de se procurer du vin de tigre vendu pour 150 euros minimum la bouteille. Pour se défendre, les éleveurs affirment que les tigres meurent de cause naturelle. En réalité, il meurt le plus souvent parce qu’ils ont été affamés. Les fermes d’élevage ne sont cependant pas les seules concernées.

En 2008, l’EIA avait déjà révélé avoir trouvé du vin de tigre dans deux zoos chinois : le Qinhuangdao Wild Animal Park, dans la province du Hebei, et le Badaling Safari World, près de Pékin. Dénoncé, l’un des établissements avait affirmé avoir reçu une autorisation de la part des autorités chinoises. Fondé par le millionnaire Zhou Weisen, le Xiongsen Bear and Tiger Mountain Village de Guilin en Chine est passé de 60 tigres en 1993 à plus de 1.500 aujourd’hui. Il est régulièrement la cible des associations de protection des animaux.

Une « escroquerie » qui compromet la protection du tigre

Le nombre de tigres élevés en captivité en Chine pour le marché de la consommation dépasse de plus d’un tiers celui des tigres en liberté à travers 13 pays : c’est ce que révèle un nouveau rapport de l’organisation britannique EIA (Environmental Investigation Agency). Intitulé « Hidden in Plain Sight » (« Caché juste sous nos yeux »), ce rapport affirme que le gouvernement chinois, qui au niveau international s’est clairement prononcé en faveur de la protection du tigre, encourage pourtant sur son territoire un commerce interdit par la communauté internationale. Peu d’espèces menacées dans le monde reçoivent autant d’attention que les tigres (Panthera tigris). En 2010, ces grands félins ont même fait l’objet d’un sommet international qui a permis de récolter des centaines de millions de dollars pour leur protection.

« La position tout à fait paradoxale de la Chine, qui dans un contexte international affiche son soutien à la conservation des tigres sauvages mais qui, au niveau national, encourage la demande et par conséquent le braconnage, est l’une des plus grandes escroqueries jamais perpétrées dans l’histoire de la protection de l’espèce », a déploré il y a quelques mois, Debbie Banks, directrice de la campagne de l’EIA pour les tigres.

En 1993, la Chine a interdit l’utilisation d’os de tigre, un ingrédient très prisé en médecine traditionnelle chinoise. Pourtant, une enquête menée secrètement par l’EIA a révélé que « les os des tigres élevés en captivité ne sont pas détruits et finissent probablement par constituer un stock immense, ce qui laisse croire aux consommateurs que le commerce des os est légal ou le sera bientôt. »

Le vin d’os de tigre est toujours produit et commercialisé en Chine à l’heure actuelle. L’EIA affirme même que le gouvernement a encouragé ce commerce au moyen d’une notification « secrète » communiquée aux entreprises concernées en 2005. Cette notification stipule que toute ferme élevant plus de 500 tigres est en droit de commercialiser du vin d’os de tigre. Afin de contourner la loi de 1993, l’os n’est toutefois pas mentionné dans la liste des ingrédients.

« Grâce à une licence spéciale, on peut revendre les os à des fabricants autorisés de médicaments et les produits sont ensuite directement mis en circulation dans les hôpitaux », confie un négociant à l’EIA.

Mais la médecine traditionnelle n’est pas la seule menace qui pèse sur les tigres en Chine. Le rapport de l’EIA ajoute en effet que les peaux des animaux sont également commercialisées, la plupart du temps de manière illégale. Si le commerce légal de peaux de tigres est censé être soumis à une réglementation stricte, le rapport de l’EIA juge le système « défaillant » car il garantit « une couverture aux activités de marché noir, comme la réutilisation de permis ou la falsification de l’origine ». L’ONG affirme que le commerce chinois de peaux de tigres encourage non seulement l’élevage d’animaux pour le marché de la consommation mais aussi le braconnage de tigres sauvages.

« En l’espace de quelques jours, les enquêteurs de l’EIA se sont vu proposer des peaux de tigres récemment abattus et une peau de léopard des neiges mais aussi des os, des dents et des griffes de félins », dévoile le rapport. En 2011, l’EIA avait attiré l’attention de la communauté internationale sur la réouverture du commerce de peaux de félins en Chine.

L’ONG affirme que la politique du gouvernement chinois stimule activement la demande de parties de tigre, anéantissant ainsi les efforts mis en œuvre par la communauté internationale, qui espère faire doubler le nombre d’individus d’ici 2022. Le tigre figure actuellement parmi les espèces classées « en danger » sur la Liste rouge de l’UICN. Selon les experts, seuls 3 500 individus subsistent à l’état sauvage, contre environ 5 000 dans les 200 fermes que compte la Chine. On estime que le nombre de tigres à travers le monde était de 100 000 en 1900, ce qui signifie que le nombre d’individus a diminué de pas moins de 96,5 % en à peine plus d’un siècle. Si le braconnage et le commerce du tigre sont en partie responsables de ce déclin de la population, la diminution des proies dont se nourrit l’animal et la destruction de son habitat ont également joué un rôle important.

Pour Debbie Banks, la Chine doit « s’attaquer énergiquement au problème et mettre fin à cet intolérable désaccord entre les mots et les actes qui anéantit les efforts internationaux pour la protection des tigres ».

L’EIA appelle le gouvernement chinois à modifier ses lois afin de protéger l’espèce, à détruire les stocks de parties de tigre et à faire savoir aux entreprises concernées que « l’objectif est de mettre fin à la demande et à ce commerce ».

Debbie Banks ajoute que ce ne sont pas uniquement les nations étrangères qui réclament ces changements, mais également de nombreux Chinois.

« Un mouvement de la société civile chinoise a déjà appelé le pays à modifier ses lois concernant la protection de la faune, et au cours des dernières années, certains députés de l’Assemblée nationale populaire ont proposé des amendements aux lois et aux réglementations […] pour mettre fin à l’utilisation commerciale d’espèces telles que l’ours ou le tigre », précise-t-elle.

Traditional Chinese 'bone strengthening wine.' Note the tiger shaped bottle. Photo by: EIA.

Un vin traditionnel chinois censé « renforcer les os ». Remarquez la bouteille en forme de tigre… Crédits photo : EIA.

Distributing agent, Beilan, claims in this marketing power point presentation available online, that they supply Sanhong's 'Real Tiger Wine' to high ranking officials and private members clubs. Photo by: EIA.

Dans une plaquette commerciale PowerPoint consultable en ligne, le distributeur Beilan prétend fournir de hauts dignitaires ainsi que des clubs privés en « authentique vin de tigre » de l’entreprise Sanhong. Crédits photo : EIA.

Pour Steve Broad, directeur exécutif du groupe TRAFFIC, le phénomène est un désastre non seulement pour la Chine mais aussi pour les tigres vivant restant à l’état sauvage. « Nous ne parlons pas d’un commerce médical mais d’un commerce où le vin de tigre est vu comme un remontant et les personnes qui l’utilisent le font par bravade. Plus l’animal est rare, meilleur il est. Ceci encourage le pire marché parmi les riches et les naïfs », a t-il estimé repris par le Daily Mail.

Les organisations, plusieurs pays et même de nombreux Chinois ont appelé le gouvernement à modifier sa réglementation vivement dénoncée. Mais les enjeux de ce trafic et les pressions exercées par ses acteurs sont majeurs. D’après l’EIA, ce marché pourrait même être encore plus important qu’estimé, une partie des activités criminelles étant devenue « souterraine » et donc difficile à révéler et dénoncer.

En Aparté, le Tigre en Pommade

Après le tigre en bouteille et le tigre char d’attaque, je vous propose du tigre en pommade avec le célèbre Baume du Tigre. Célèbre, mais toujours plus ou moins interdit d’importation en France

Depuis toujours, les herboristes et les médecins de la médecine traditionnelle chinoise utilisent une sélection de plantes médicinales pour soulager la douleur en application externe sous forme d’onguent, d’huile, de lotion ou de cataplasme. Aw Chu Kin, un herboriste qui vivait à Rangoon, découvrit que le mélange de camphre, de clous de girofle et de menthol apportait un réel soulagement. Le Baume du Tigre était né. Son fils, Aw Boon Haw, voyant le potentiel de ce produit, déménagea à Singapour en 1926 et transforma ce produit artisanal en une marque de commerce de renommée internationale, utilisé par des millions de personnes dans plus de 100 pays.

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Cet onguent est fabriqué à base de Camphre et d’huiles essentielles de menthe, de clous de girofle, de senné, de menthe poivrée, et de cajeput , le tout mélangé à de la cire et de la paraffine afin d’en faciliter l’application (il n’y a pas de tigre dans le Baume du Tigre !!). Le Baume du Tigre est largement utilisé dans la pharmacopée chinoise. Appliqué en externe, il soulage les douleurs musculaires associées au surmenage, au mal de dos et à l’arthrite. Sur la poitrine il permet de dégager les voies respiratoires et sur les tempes de soulager la migraine. Selon son concepteur le principe de base du Baume du Tigre est d’offrir pour un prix modique le soulagement du plus grand nombre possible de maux.
Encore mal approvisionné en France on peut néanmoins en trouver chez les herboristes chinois et dans les magasins de produits de santé naturels. En Chine un flacon de véritable Baume du Tigre rouge (Wild Tiger Balm) et de Baume du Tigre blanc (essential White Balm) coûte environ 1 euro pour 18,4 gr. (entre 8 et 10 euros en France).

Précisions concernant l’interdit du Baume du tigre en France

Le Baume du Tigre asiatique aurait été interdit d’importation pendant quelques années en France (2003/2004/2005 ?). Les douanes ayant fait un procès à l’importateur du Baume du Tigre car elles voulaient taxer ce produit comme « médicament » probablement sous la pression de l’ordre des pharmaciens. Le procès a duré deux années pendant lesquelles le Baume du Tigre n’a pas pu être importé. Au final le baume n’est pas considéré comme un médicament (procès Cass. crim., 17 nov. 2004), les douanes ont perdu et le produit refait timidement son apparition.

Cependant la législation française impose des restrictions sur la quantité de certains de ses composés qui ne doivent pas dépasser le seuil autorisé. Le Baume du Tigre vendu en France par les pharmaciens ou sur internet doit être adapté à la législation française. Il sera alors légèrement différent du baume chinois, avec par exemple une réduction de 30 % dans la composition de ces plantes, et les vendeurs indiqueront ce message d’avertissement :
« Les vertus de ce baume sont identiques à celles du Baume du Tigre rouge, la différence c’est que les dosages sont en accord avec la législation française ».

Bref tout cela ressemble à une affaire de gros sous entre les pharmaciens et les importateurs de produits para-médicaux et de plantes médicinales. Pas facile de s’y retrouver.

ATTENTION CES PHOTOS PEUVENT CHOQUER

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Tiger skin rug at Xiafeng Taxidermy. Photo by: EIA.

Peau de tigre sur le site de Xiafeng Taxidermy. Crédits photo : EIA.

Tiger bodies in freezer in Guilin Tiger Bear Farm. Photo by: Belinda Wright/WPSI.

Cadavres de tigres empilés dans un congélateur à Guilin Tiger & Bear Farm. Crédits photo : Belinda Wright/WPSI.

Frozen tiger head at Xiafeng Taxidermy. Photo by: EIA.

Tête de tigre congelée sur le site de Xiafeng Taxidermy. Crédits photo : EIA.

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Références:

Pétition en français sur Animal Actions,  Exhortez la chine à appliquer l’interdiction du commerce des parties de tigre

Signez la pétition « Urge China to Enforce Ban on Tiger Products » sur ForceChange

Autre Pétition pour sauver les Tigres

Articles en français sur la protection du Tigre et les commerces qui gravitent autour sur IFAW – International Fund for Animal Welfare

Informations détaillées sur le HU GU JIU (Vin d’os de Tigres) sur la Base de données sur la phytothérapie et la pharmacopée de la médecine chinoise (cela nécessite de créer un compte).

Maxi Sciences

Mongabay

Tribulations Famille Chine

Les Chroniques de Bidfoly

« Du « vin de tigre » vendu dans des zoos chinois » sur MyTF1news

« Ivoire, reptiles, vin d’os de tigre, bile d’ours… tout se trouve sur Internet » sur Le Monde Planète

Documentaire « La brigade du tigre: Le commerce du tigre » à voir. Voici un extrait de l’émission: Inside, La brigade du tigre. Des agents infiltrés de la EIA traquent les commerçants de peaux et d’os de tigre. Ils obtiennent des renseignements importants, sur NatgeoTv

Conservation du Tigre sur Wikipedia

Association Planète Tigre sur Facebook

Site Internet: http://www.planete-tigre.com/

…ET BCP D’AUTRES INFOS DISPONIBLES EN CHERCHANT…

2 réflexions sur “Le braconnage barbare pour le commerce en Chine du ‘Vin de Tigre’…

  1. Ping : Contre les fermes le braconnage et les fermes d’élevage de tigres | L'Agenda

  2. C’est terrible tous ce que font les chinois , c’est insupportable ce ne sont pas des humains mais des barbares. Mon dieu il faut aider tous ces animaux à vivre et à les respecter .

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