Liberté des Peuples: Les Indiens guarani craignent une effusion de sang imminente

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Un Guarani. Des hommes armés ont pris position autour d’une communauté guarani et ont tiré des coups de feu.
© Fiona Watson/Survival

Les Indiens guarani du Brésil craignent une effusion de sang imminente alors que des hommes armés connus pour avoir assassiné des leaders indiens au cours des dernières années ont pris position autour d’eux et ont tiré des coups de feu.

Les Guarani ont rapporté que les hommes armés, de la compagnie de sécurité Gaspem de triste notoriété, ont été recrutés par les éleveurs locaux et se sont positionnés dans un rayon de 100 mètres autour d’eux.

Les Guarani ont rapporté que les hommes armés appartiennent à la compagnie de sécurité Gaspem, une 'milice privée' de triste notoriété'.

Les Guarani ont rapporté que les hommes armés appartiennent à la compagnie de sécurité Gaspem, une ‘milice privée’ de triste notoriété’.
© Survival

Un Guarani présent sur les lieux a déclaré à Survival : « C’est la guerre. Les hommes armés nous menacent et ils veulent nous tuer. Ils veulent tous nous exterminer, mais ils n’y parviendront pas parce que nous, les Indiens, sommes forts et parce que nos chefs spirituels sont ici. Nous voulons que le monde sache ce qu’il nous arrive ».

En septembre dernier, les procureurs avaient ordonné la suspension de Gaspem, caractérisant la compagnie de ‘milice privée … qui use de violence contre les Guarani… en recrutant des brutes qu’ils appellent ‘gardes de sécurité’.

Des procureurs publics brésiliens ont appelé au démantèlement de Gaspem, une compagnie de sécurité de triste notoriété, accusée d’avoir mené l’an dernier au moins huit attaques brutales envers des communautés guarani et d’avoir tué au moins deux de leurs leaders.

Des fermiers auraient versé à la compagnie la somme de 30 000 reais (environ 10 000 €) pour chaque expulsion violente des Indiens guarani de leurs terres ancestrales, aujourd’hui occupées par des fermes et des plantations de canne à sucre.

Les procureurs ont qualifié la compagnie de ‘milice privée, un groupe organisé qui fait usage de la violence contre les Guarani du sud de l’Etat du Mato Grosso do Sul en recrutant des hommes brutaux dits ‘gardes de sécurité’’. Ils ont appelé au démantèlement de la compagnie et au versement par celle-ci d’une indemnité de 480 000 reais (environ 150 000 €) aux Guarani.

Les Indiens ont rapporté que les employés de Gaspem, connus localement sous le nom de ‘pistoleiros’ (hommes de main armés), ont constamment menacé de mort les Guarani de la communauté de Apy Ka’y, dont le campement en bord de route a récemment été dévasté par l’incendie d’une plantation de canne à sucre empiétant sur leur territoire. Les pistoleiros surveillent les Indiens nuit et jour dans une jeep aux vitres teintées et tirent régulièrement des coups de feu en direction de leur campement.

Damania Cavanha, leader de la communauté, a déclaré la semaine dernière : ‘Les hommes de main m’ont dit qu’ils nous tueraient tous. Mais je continuerai à me battre pour notre territoire ancestral’.

Gaspem est sous le coup d’une enquête suite à son éventuelle implication dans l’incendie de Apy Ka’y en 2009 et pour avoir agressé des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants guarani au cours de leurs tentatives désespérées de retourner sur leurs territoires, résolus à ne plus tolérer les conditions de vie misérables dans leurs campements de fortune au bord des routes ou dans des réserves surpeuplées.

Aurelino Arce, le propriétaire de la compagnie de sécurité, a été arrêté l’an dernier pour le meurtre de Nísio Gomes, leader guarani de la communauté de Guaviry.

Les enquêtes des procureurs ont permis d’établir que Gaspem avait employé des gardes de sécurité sans aucune formation et que ses employés portaient des armes en toute illégalité.

Un incendie a ravagé un campement guarani situé au bord d'une route, dans l'Etat brésilien du Mato Grosso do Sul.

Un incendie a ravagé un campement guarani situé au bord d’une route, dans l’Etat brésilien du Mato Grosso do Sul.
© Spensy Pimentel/Survival

Les Guarani ont peu de moyens pour reconstruire leurs abris et souffrent de l'accès restreint à la nourriture et à l'eau potable.

Les Guarani ont peu de moyens pour reconstruire leurs abris et souffrent de l’accès restreint à la nourriture et à l’eau potable.
© Spensy Pimentel/Survival

Damiana Cavanha et sa communauté ont perdu leurs abris et tous leurs biens dans l'incendie.

Damiana Cavanha et sa communauté ont perdu leurs abris et tous leurs biens dans l’incendie.
© Spensy Pimentel/Survival

Cette violence fait suite à la récente réoccupation des Guarani d’une partie de leurs terres ancestrales qui leur avait été spoliée pour faire place à un ranch de bétail, il y a près de 40 ans.

Environ 500 Guarani de la communauté Yvy Katu ont réoccupé cette terre le mois dernier, ne pouvant plus supporter les conditions dégradantes auxquelles ils étaient réduits sur le minuscule lopin de terre où ils vivaient depuis 2004.

Une cour d’appel brésilienne a décidé que les Indiens guarani ñandeva de Yvy Katu pouvaient conserver leur territoire. C’est là une grande victoire pour les Indiens qui étaient retournés à Yvy Katu en 2004 après en avoir été expulsés par des grands propriétaires terriens il y a environ 30 ans.

Les propriétaires terriens avaient porté l’affaire devant un juge qui avait tranché en leur faveur mais le 14 septembre dernier, le Tribunal supérieur de Justice a rejeté leur demande par quatre voix contre une.

La communauté de Yvy Katu craignait qu’en cas de victoire des propriétaires terriens, ils auraient de nouveau à affronter expulsion et destitution. Désormais, le processus légal de reconnaissance et de protection de leur territoire peut continuer.

Des milliers de Guarani du Brésil font pression pour que leurs territoires ancestraux leurs soient restitués, comme le garantit la Constitution du Brésil, mais le processus de cartographie de leurs terres est interrompu, ce qui condamne les Guarani à supporter la malnutrition, la maladie, la violence et l’un des taux de suicide les plus élevés au monde.

La majorité des victimes avaient entre 15 et 29 ans.

La plupart des terres guarani ont été transformées en vastes plantations de canne à sucre qui approvisionnent des compagnies étrangères, telles que le géant alimentaire américain Bunge.

Bunge achète la canne à sucre cultivée sur les terres revendiquées par les Guarani.
Bunge achète la canne à sucre cultivée sur les terres revendiquées par les Guarani.
© Nereu Schneider/Survival
Un Guarani devant des plantations de canne à sucre cultivée sur ce qui fut autrefois sa forêt.
Un Guarani devant des plantations de canne à sucre cultivée sur ce qui fut autrefois sa forêt.
© Survival

Plusieurs leaders guarani ont été tués par des hommes armés après la réoccupation d’une partie de leurs terres.

Gaspem est accusée du meurtre d'au moins deux leaders guarani, dont Nisio Gomes.

Les dernières paroles du chef guarani à son fils : ‘Prends soin de cette terre avec courage’.
Gaspem est accusée du meurtre d’au moins deux leaders guarani, dont Nisio Gomes.
© Survival

Un petit retour historique sur le peuple Guarani:

À l’arrivée des Européens en Amérique du Sud il y a plus de 500 ans, les Guarani furent parmi les premiers peuples à être contactés.

Ils sont aujourd’hui environ 46 000 au Brésil, répartis dans sept Etats, ce qui fait d’eux la plus nombreuse population indigène du pays. De nombreuses autres communautés guarani vivent sur les terres voisines du Paraguay, d’Argentine et de Bolivie.

Les Guarani se divisent en trois groupes distincts : les Kaiowá, les Ñandeva et les M’byá. Les Kaiowá, qui signifie ‘peuple de la forêt’, sont les plus nombreux. Les Guarani sont profondément spiritualistes. De nombreuses communautés ont une maison de prières et un leader religieux dont l’autorité est fondée sur le prestige plutôt que sur le pouvoir.

Les enfants guarani travaillent dans les plantations de canne à sucre qui recouvrent une grande partie de leurs terres ancestrales dans l'Etat du Mato Grosso do Sul

La ‘terre sans mal’

Depuis des temps immémoriaux, les Guarani sont en quête de la «terre sans mal», un lieu révélé par leurs ancêtres où ils pourront vivre sans douleurs ni souffrances.

Au cours des siècles, les Guarani ont parcouru de grandes distances à la recherche de cette terre.

Un chroniqueur du XVIe siècle notait leur « volonté permanente de chercher de nouveaux territoires où ils imaginent trouver l’immortalité et le repos éternel ».

Cette quête permanente est une caractéristique de la personnalité unique des Guarani, une ‘différence’ souvent remarquée par les étrangers.
Aujourd’hui, cela se manifeste de manière bien plus tragique : profondément affectés par la perte de la presque totalité de leurs terres, les Guarani connaissent une vague de suicides sans équivalent en Amérique du Sud.

VIDÉO: http://www.survivalfrance.org/videos/hommesdemain

Alors qu’ils occupaient autrefois un territoire de près de 350 000 km2 de forêts et de plaines, ils s’entassent aujourd’hui sur de petites parcelles de terres encerclées par les fermes d’élevage et les vastes plantations de soja et de canne à sucre. Certains n’ont aucun territoire et vivent dans des campements de fortune le long des routes.

Désespoir

Depuis la colonisation, les Guarani du Mato Grosso do Sul ont été pratiquement dépossédés de toutes leurs terres.

Plusieurs vagues de déforestation ont transformé leur territoire ancestral, autrefois fertile, en un vaste réseau de fermes d’élevages et de plantations de canne à sucre destinées au marché brésilien d’agrocarburants (le Brésil est l’un des premiers producteurs de biocarburant au monde).

De nombreux Guarani ont été regroupés dans de petites réserves qui sont aujourd’hui surpeuplées de manière chronique. Dans la réserve de Dourados par exemple, 12 000 Guarani vivent sur moins de 3 000 hectares.

La destruction de la forêt a rendu impossible leur pratique de la chasse et de la pêche et il n’y a pas assez de terres pour y cultiver des plantes comestibles. La malnutrition représente un grave problème et a causé la mort de 53 enfants guarani depuis 2005.

Plantations de canne à sucre

Le Brésil est depuis des années l’un des leaders mondiaux de la production d’agrocarburants. Les plantations de canne à sucre sont établies depuis les années 1980 et dépendent fortement de la main-d’œuvre indigène. Leurs conditions de travail sont épouvantables. Une compagnie de production d’éthanol a été fermée par les autorités après qu’on eut découvert qu’elle employait plus de 800 Indiens dans des conditions proches de l’esclavage.

De nombreux Indiens sont forcés de travailler dans les plantations et s’absentent de leurs communautés pendant de longues périodes; les conséquences sur la santé et la société guarani sont désastreuses. Les maladies sexuellement transmissibles et l’alcool ont été introduits par les travailleurs de retour chez eux et les tensions et violences internes ont augmenté.

Dans le seul Etat du Mato Grosso do Sul, 80 nouvelles plantations de canne à sucre et distilleries d’éthanol sont prévue, dont la plupart sur la terre ancestrale revendiquée par les Guarani.

Piégés

Les Guarani du Mato Grosso do Sul sont victimes de racisme et de discrimination et sont harcelés par les officiers de police. On estime que plus de 200 Guarani sont en prison avec peu ou pas d’accès aux conseils juridiques et à des interprètes, piégés dans un système judiciaire qu’ils ne comprennent pas. Beaucoup d’innocents ont été condamnés. Nombre d’entre eux subissent de lourdes peines pour des délits mineurs.

La réponse de ce peuple profondément spiritualiste à la dépossession de ses terres a été une vague de suicide unique en Amérique du Sud. Depuis 1986, plus de 517 Guarani se sont donné la mort, le plus jeune n’avait que neuf ans.

Marcos Veron

‘Là est toute ma vie, là se trouve mon âme. Si vous me privez de cette terre, vous me prenez ma vie.’ Marcos Veron

L’assassinat du leader guarani Marcos Veron en 2003 fut un exemple tragique mais caractéristique de la violence à laquelle son peuple est confronté.

Marcos Veron, âgé de 70 ans, était le leader de la communauté guarani-kaiowá de Takuára. Durant 50 ans, sa communauté a tenté de récupérer une petite partie de son territoire ancestral après qu’un riche Brésilien l’ait transformé en une immense ferme d’élevage. La majorité de la forêt qui recouvrait autrefois ce territoire a aujourd’hui disparu.

En avril 1997, désespéré d’avoir vainement fait pression sur le gouvernement pendant des années, Marcos décida de retourner avec sa communauté sur les terres du ranch. Ils commencèrent à y reconstruire des maisons et à y planter des jardins.

Mais le fermier qui avait occupé leurs terres porta plainte et un juge ordonna l’expulsion des Indiens.

En octobre 2001, plus d’une centaine de policiers armés et de militaires expulsèrent à nouveau les Indiens qui finirent par s’installer sous des bâches en plastique le long d’une route.

Alors qu’il était encore à Takuára, Marcos avait déclaré « Là est toute ma vie, là se trouve mon âme. Si vous me privez de cette terre, vous me prenez ma vie ».

Ses mots furent prophétiques car en 2003, alors qu’il tentait pacifiquement de retourner sur sa terre, il fut sauvagement frappé par les hommes de main du fermier. Il mourut quelques heures plus tard.

Suite à une audience qui s’est tenue début 2011, les trois hommes jugés pour son assassinat ont été acquittés d’homicide, mais reconnus coupables de crimes mineurs liés à l’attaque.

VIDÉO: http://www.survivalfrance.org/videos/marcosveron

Retomadas

Entassées dans de minuscules réserves dont les conséquences sur le plan social sont alarmantes, de nombreuses communautés guarani ont tenté de récupérer de petites parcelles de leurs territoires ancestraux.

Ces « retomadas » (littéralement des « re-possessions ») se sont heurtées à la réaction violente des puissants fermiers qui occupent la région.

Les fermiers emploient souvent des hommes de main armés pour défendre ‘leurs’ propriétés et de nombreux Guarani ont été tués au cours de retomadas.

Le cas de la petite communauté de Ñanderú Marangatú est exemplaire. Bien que le groupe ait légalement le droit d’occuper une réserve d’environ 9 000 hectares, ils ont été expulsés en 2005 par des fermiers armés.

Animés d’un grand courage, les membres de la communauté y sont retournés. Ils vivent aujourd’hui sur une petite fraction du territoire qui leur a été officiellement reconnu, encerclés par les hommes de main armés des fermiers qui exercent toutes sortes de violences et abus sexuels à l’encontre des Indiens.

Source:

Survival France.org

Les différents articles:

« Les Indiens guarani craignent une effusion de sang imminente« 

« Démantèlement d’une milice privée accusée d’assassinat d’Indiens guarani« 

« Assassinat d’un Indien guarani du Brésil« 

« Les dernières paroles du chef guarani : ‘Prends soin de cette terre’« 

« Un leader indien du Brésil exécuté par des tireurs masqués« 

« Des hommes de main détruisent un camp indien au Brésil« 

« Journée mondiale de la santé mentale : une épidémie de suicides dévaste les Guarani« 

« Un géant nord-américain de l’agroalimentaire impliqué dans les agrocarburants ‘tachés du sang des Indiens« 

« Des Indiens brésiliens exigent le départ de Shell de leur territoire« 

« Shell au coeur d’une controverse sur le vol de terres indigènes au Brésil« 

« Shell abandonne un projet controversé d’agrocarburants suite à la protestation d’Indiens brésiliens« 

« Un film sur la situation critique des Guarani remporte un prix prestigieux« 

…..etc….

Guarani sur Wikipedia

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