Devenir « immortel » grâce à un prélèvement et une conservation d’ADN !

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Conserver son ADN pour avoir accès à la médecine régénératrice : c’est l’offre révolutionnaire de la société de biotechnologie française Cellectis.

Dans les laboratoires de la société Cellectis. Son patron André Choulika, biologiste, a acheté le brevet pour la France, des découvertes sur les cellules souches pluripotentes du prix Nobel de médecine 2012 japonais, Shinya Yamanaka. (Dessons-Sipa)

Los Angeles, 25 octobre 2023. Sur son terrain de golf préféré, Edward, 59 ans, comédien star de Hollywood, est terrassé par un infarctus. Il en réchappe de justesse, mais ses tissus coronariens sont très endommagés. Il risque de ne plus jamais récupérer une vie normale. Heureusement, ce passionné d’innovation a souscrit, dix ans plus tôt, un contrat avec Scéil. Du coup, son chirurgien va pouvoir disposer de cellules cardiaques contenant l’ADN d’Edward. Il pourra ainsi reconstituer le cœur du patient, sans risque de rejet immunitaire. Quelques semaines plus tard, Edward arpente à nouveau les greens…

Science-fiction ? En partie seulement. Car le service qui permet à chacun – enfin, aux citoyens fortunés de la planète – de se constituer sa propre banque de « cellules médicaments » a été lancé le 8 juillet par la société de biotechnologie française Cellectis. Une première mondiale ! André Choulika, PDG de la start-up, est en tournée cette semaine à New York et à Los Angeles, et la prochaine en Asie, pour annoncer la création de Scéil, une filiale qui propose ce contrat futuriste. Un pari audacieux sur les progrès de la pharmacie et de la médecine, qui demain, affirme-t-il, développeront de manière routinière médicaments personnalisés et thérapies régénératrices. Un événement qui risque de soulever autant de polémiques qu’il suscite d’espoir.

« La meilleure manière de prédire l’avenir est de l’inventer ! »

Paris 13e, vendredi 14 juin 2013.Dans son bureau du BioPark, près de la Bibliothèque François-Mitterrand, André Choulika – 48 ans et physique de jeune premier – ne contient pas son excitation. Plus que trois semaines avant de dévoiler Scéil : « Toutes les technologies pour proposer ce genre de service existent. Et, en tant que leader de l’ingénierie des génomes, Cellectis a un coup d’avance sur certaines d’entre elles, explique-t-il. Nous voulions être les premiers au monde à démarrer. » Chercheur en génétique moléculaire devenu entrepreneur, André Choulika a le virus commun aux défricheurs, toujours à l’affût de la nouvelle « nouvelle frontière » de l’innovation. Comme s’il avait fait sien le dicton favori de la Silicon Valley : « La meilleure manière de prédire l’avenir est de l’inventer ! »

Le biologiste français André Choulika, patron de la société Cellectis.(DESSONS/JDD/SIPA)

Le biologiste français André Choulika, patron de la société Cellectis. (DESSONS/JDD/SIPA)

Si certaines promesses de la biotechnologie ont, par le passé, été survendues, cela n’entame en rien la profession de foi du fondateur de Cellectis : « La vitesse à laquelle l’homme a déchiffré l’ADN des espèces surpasse systématiquement toutes les prévisions. D’ici à 2015, ce coût tombera à moins de 400 euros par personne pour le génome humain. Et des millions de personnes auront, de ce fait, accès à une médecine personnalisée. » Alors, même si la science est à cinq ou dix ans de mettre au point les techniques qui – grâce à sa « banque biotech » – sauveront peut-être des organes ou des vies, Choulika sait que c’est l’avenir. Et il fonce, comme sur sa moto, une BMW 1300 dont il ne sépare pas… même pour aller à l’aéroport.

En fait, Scéil tient plus de l’intuition commerciale que de l’innovation scientifique. Cette « bioassurance-maladie » d’un nouveau type ne promet ni remède miracle ni jeunesse éternelle, juste la mise à disposition de cellules saines, le jour où… « C’est un peu comme si l’on pouvait se faire un « back-up » – une sauvegarde génétique pendant qu’on est en pleine forme, et le mettre de côté pour se « réinitialiser » un jour », explique André Choulika qui, fan de gadgets technologiques, emploie volontiers un vocabulaire de geek. Son argument de vente ? « Capitalisez maintenant sur les promesses de demain ! »

Coût du service : 47.000 euros

Mais pourquoi maintenant ? N’est-ce pas prématuré ? « Plus l’individu sur lequel les cellules sont prélevées est jeune, meilleur est le résultat », explique Choulika. Au contact du soleil, de l’alcool, de l’environnement, notre patrimoine génétique s’altère. Et si l’on vieillit, c’est que notre système biologique de maintenance et de réparation est plus ou moins efficace : « Dans le processus naturel de régénération cellulaire, notre corps fabrique 1.000 kilomètres d’ADN par seconde, explique-t-on chez Cellectis. Et, lors de ce recopiage des gènes, il accumule 1,8 million de mutations par seconde. Alors autant conserver préventivement le code génétique le plus authentique possible. » Ce qui est faisable en congelant nos cellules, dont le noyau contient notre ADN.

Le mode d’emploi ? Les personnes intéressées s’informent grâce à un site web et à un centre téléphonique. Scéil propose un service de base à 60.000 dollars (47.000 euros), plus un forfait de maintenance de 500 dollars (390 euros) par an, après la troisième année. Prohibitif pour le commun des mortels… mais abordable pour des centaines de milliers de riches et très riches. Après tout, l’investissement est fait une seule fois, et pour la vie. La somme acquittée, le client se rend dans une clinique ou chez un dermatologue agréé pour un prélèvement de peau d’environ 3 millimètres de diamètre sous le bras. Pas plus invasif que l’ablation d’un grain de beauté. Toutes les nationalités sont les bienvenues. Mais, pour démarrer, Scéil ne se lance que dans les régions du monde où la législation le permet : Etats-Unis, Moyen-Orient (Dubaï) et Asie (Singapour). Et demain, sans doute, en Suisse. « En France, on ne peut pas effectuer un prélèvement biologique sans spécifier exactement à quoi il servira. Ce qui est impossible dans le cas de Scéil », souligne le secrétaire général de Cellectis, Philippe Valachs.

L’échantillon de peau est alors expédié par transport spécialisé dans un laboratoire de Singapour, où les cellules du derme (fibroblastes) sont cultivées en qualité clinique, puis cryogénisées pour être conservées au nom du client. Mais – là est la nouveauté – une partie d’entre elles sont aussi reprogrammées pour donner naissance à ce qu’on appelle des « cellules souches pluripotentes induites » ou iPS (voir encadré), elles-mêmes conservées dans de l’azote liquide (-180 °C). Leur particularité ? Ces iPS ont bien l’ADN du donneur, mais ont retrouvé toutes les caractéristiques de cellules souches embryonnaires. C’est-à-dire que l’on peut, à la demande, provoquer à nouveau leur différenciation en cellules du coeur, du sang, du cartilage, du cerveau… Techniques dont Cellectis est justement spécialiste.

Dans une fiole, des cellules cardiaques en train de battre !

Göteborg, mercredi 26 juin. Dans des immeubles de briques contigus à l’université, une cinquantaine de chercheurs de la filiale suédoise de Cellectis gèrent une véritable « biousine » à cellules. « A partir de cellules souches embryonnaires ou bien d’iPS, nous fabriquons des modèles in vitro d’hépatocytes, de cardiomyocytes et de cellules pancréatiques bêta avec divers traits génétiques », détaille le vice-président Peter Sartipy. Après avoir enfilé tenue stérile, masque et gants de rigueur, le visiteur approche d’un banal réfrigérateur. L’opératrice en sort une fiole plate contenant une solution jaunâtre. Sous le microscope, on y découvre avec stupeur… des cellules cardiaques en train de battre !

Ces cellules différenciées servent d’ores et déjà à tester de nouvelles molécules pour éviter les effets secondaires indésirables des médicaments. De quoi faire gagner un temps précieux aux groupes pharmaceutiques, chimiques ou cosmétiques. Mais, demain, elles permettront surtout l’avènement de la biomédecine. Un exemple ? L’ambitieux programme de recherche contre le diabète de type 1 mené avec l’université Lund et le groupe pharmaceutique danois Novo Nordisk.

Coût du projet : plus de 500 millions d’euros

L’objectif de ce projet (qui pourrait durer quinze ans et coûter plus de 500 millions d’euros) est que les malades se passent complètement d’injections d’insuline, aux effets toxiques connus. « N’étant pas expert en cellules souches, nous avons fait appel à Cellectis pour nous aider à produire des cellules pancréatiques bêta, programmées pour secréter l’insuline qui fait défaut au patient », explique Mads Krogsgaard Thomsen, directeur scientifique de Novo Nordisk. « Si tout va bien, on devrait tester nos cellules bêta sur des souris et des singes en 2014. Et on passerait aux essais sur l’homme vers 2019, avec un produit sept ans plus tard », précise Petter Björquist, vice-président de la division médecine régénératrice de Cellectis.

Partout sur la planète, des chercheurs s’apprêtent à démarrer d’autres essais cliniques de ce type : réparation du cartilage du genou, lutte contre la dégénérescence maculaire de l’oeil, soins aux grands brûlés, reconstitution du tissu cardiaque, lutte contre la leucémie… Et demain, peut-être, Alzheimer ou Parkinson. « Un bébé né cette année a une espérance de vie de 140 ans. Dès 2020 ou 2030, les gens se feront couramment soigner comme cela », affirme André Choulika, qui y voit une source d’innovation et de croissance pour les décennies à venir.

Le marché des produits de biothérapie cellulaire (hors sang de cordon ombilical et greffes de moelle) devrait passer de 500 millions de dollars en 2010 à quelque 5 milliards en 2015. Aujourd’hui, tous ces programmes utilisent des cellules souches embryonnaires. Mais demain, cela pourrait être… des iPS. Utopiste ? Beaucoup de chercheurs jugent cette technologie iPS encore trop récente pour des applications en médecine. Et si ces cellules mutaient au cours du temps, ou bien se mettaient à se multiplier de façon anarchique ?

Sculpter le vivant et faire reculer la mort

Reste qu’aucun spécialiste ne nie le potentiel et les enjeux faramineux de l’ingénierie génomique et de la biologie synthétique. Une révolution silencieuse qui a le pouvoir de sculpter le vivant, faire reculer la mort et produire à volonté biomatériaux et biocarburants. « De quoi bouleverser en quelques générations tous nos rapports au monde », a écrit Laurent Alexandre, auteur de « la Mort de la mort » (JC Lattès), patron de DNAVision et… actionnaire de Cellectis.

Certes, ces progrès inouïs poseront des problèmes sociétaux et éthiques dont on peine encore à cerner les contours. Mais faut-il pour autant que la France renonce à cette course mondiale à l’innovation « biotech » ? C’est précisément la question posée à travers la loi sur les cellules souche examinée jeudi 11 juillet à l’Assemblée. André Choulika, lui, a tranché : il veut faire de Cellectis l’un des géants du secteur, avec un objectif de capitalisation boursière de 1 milliard d’euros en 2015 (contre moins de 100 millions aujourd’hui) : « Tous les labos montent des programmes de recherche sur les nucléases, dit-il. Notre spécialité originelle devient un service de base. La seule stratégie gagnante, c’est la créativité ! »

Dans son esprit, Scéil doit aider Cellectis à garder un coup d’avance sur ses concurrents – les américains Cellular Dynamics, Sigma Aldrich et GE Healthcare ou le suisse Lonza -, tous plus puissants et mieux financés. Choulika en a eu l’intuition en décembre 2012, au cours d’une banale conversation. Pourquoi ne pas rendre accessible au grand public la technologie iPS, jusqu’ici confinée dans les laboratoires ? C’est lui qui a trouvé ce nom, à la consonance proche de cell (« cellule ») et qui signifie « histoire » en gaélique ancien. Pendant six mois, le projet top secret – nom de code « Rabbit » – est peauffiné par une équipe restreinte. Seule une douzaine de managers et le conseil d’administration sont tenus au courant.

Des prélèvements dès septembre

Paris, 8 juillet 2013. Le programme, déjà annoncé aux collaborateurs le 4 juillet, est rendu public par un communiqué, après clôture de la Bourse. L’objectif est de démarrer les prélèvements dès septembre.

L’entrepreneur s’attend à une pluie de critiques en France : pari mercantile, médecine à deux vitesses, société proposant un service que la législation ne permet pas sur notre territoire alors qu’elle compte à son capital le fonds public FSI… Mais la polémique ne lui fait pas peur. Président de l’association professionnelle France Biotech, n’a-t-il pas déjà mis les pieds dans le plat en critiquant le statut de fonctionnaire des chercheurs hexagonaux ? Natif du Liban, André Choulika « aime profondément la France », où il a immigré en 1982. Il y a fait l’essentiel de ses études et choisi d’y créer sa société, alors qu’il était sollicité par un chercheur américain de la Harvard Medical School. Mais il souhaiterait un pays moins frileux face à l’innovation.

En cas de succès de Scéil, il envisage déjà « un service premium, où l’ADN du client serait séquencé et amélioré par chirurgie génomique ». Mais il sait aussi qu’un fop n’est pas exclu. Combien de clients potentiels pour cette offre de science-fiction ? Mystère… L’idéal serait de créer un effet de mode chez les « rich and famous » : imaginez que Madonna signe chez Scéil ! Plus prosaïquement, Cellectis espère séduire 5 000 personnes en deux ans. Sinon, la PME devrait arrêter son offre et perdrait quelques centaines de milliers d’euros. Fâcheux, mais pas mortel. « Au pire, on aura prouvé qu’on est une vraie entreprise, pas simplement un excellent laboratoire de recherche », estime Philippe Valachs.

Après tout, si André Choulika fuyait le risque, il serait resté chercheur à l’Institut Pasteur, quitté en 1999 pour lancer Cellectis. « Fonder une entreprise est à la fois le summum de la créativité et une extraordinaire expérience collective, dit-il. C’est l’aventure, l’inconnu… bien plus que de faire le tour du pôle Nord ou de traverser le Pacifique à la rame ! »

Sources:

Nouvel Obs « IMMORTALITE. André Choulika, « génie » génétique« 

et « Un nouveau pas vers l’immortalité ?« 

Repris sur Wikistrike.

Vidéos sur André Choulika

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